Le deuil d’une personne proche est généralement
un moment de vie intense. Nous devenons orphelins, veufs
ou veuves. Nous perdons un ami d’enfance, une amie
de toujours... À différents moments dans
le processus du deuil, notre vie intérieure se transforme
au rythme d’un tourbillon ou par des coups d’éperons
ou par une succession d’agitation et d’accalmie,
alternant de la sensation d’isolement à celle
de l’union avec l’humanité. Nous vivons
des émotions, des interrogations, des explications,
des remises en question, des réflexions... Autour
de nous, tout alimente la situation et nous fait réfléchir
des conversations, des lectures, des films, des chansons,
des photos, une marche dans la nature, etc. Choisir de
s’exprimer permet de faire le point, de montrer ce
que nous avons trouvé, de se libérer d’un
poids, d’échanger avec les autres...
Examinons comment nous pouvons parler avec nous-mêmes,
avec notre entourage et notre communauté.
Il y a différentes façons de parler avec
soi-même. Certains entretiennent un dialogue intérieur
que la méditation fait évoluer. Cette petite
voix est très présente dans un moment aussi
intense. Cette conversation intérieure apporte des
réflexions que nous pouvons ensuite partager avec
des personnes choisies, capables d’alimenter notre
introspection.
D’autres vont préférer l’écrit.
Des mots et des fragments d’idées s’inscrivent
sur du papier. Des phrases s’ajoutent sur une page
réservée à cette fin dans un coin
de l’ordinateur. Nous pouvons tenir un journal personnel
où l’on note nos pensées, nos rêves,
tout ce que l’on trouve important dans les circonstances.
Cet aide-mémoire permet de voir notre monde intérieur évoluer.
Progressivement, à partir de nos notes, nous pouvons
commencer à écrire un texte, une poésie,
un conte, un roman, un recueil de citations, une chanson,
une pièce de théâtre ou choisir une
autre forme littéraire qui exprime ce que nous avons
trouvé en nous. Cette création restera personnelle
ou sera partagée avec les proches ou deviendra une
oeuvre distribuée à la communauté.
Une démarche similaire peut se faire en dessin,
en musique ou dans toute autre forme d’expression
qui rejoint nos dispositions sculpture en bois, peinture,
danse, montage multimédia, etc. Le but recherché est
de s’exprimer et non de devenir un artiste professionnel!
La démarche d’expression permet de trouver
un sens personnel aux tribulations que nous avons vécues.
Beaucoup de gens proches seront intéressés
de savoir ce qu’un grand-père pense, ce qu’une
mère traverse, ce qu’un enfant vit pendant
son deuil. Ce sera souvent le début d’un dialogue
très riche. Peut-être aussi que cette tentative
d’expression n’aboutira pas. Peut- être
qu’elle révélera un blocage, une trop
forte douleur, une situation trop difficile à traverser.
C’est le signe que nous avons besoin d’aide.
Qui peut nous aider à compléter notre deuil?
Une section sur ce site aborde cet important sujet : trouver
de l’aide.
Plusieurs moments du deuil et des tâches à faire
lors d’un décès peuvent être
autant d’occasions pour enrichir une démarche
de réflexion et d’expression : le tri des
photos, le choix de quelques souvenirs que l’on veut
conserver, la dispersion des biens, la création
d’un mot de remerciement, etc.
Dans certaines circonstances, les proches voudront commémorer
la vie de la personne décédée. Ce
sera, par exemple, une messe annuelle suivie d’un
repas. Ce sera l’organisation d’une nouvelle
cérémonie. Ce sera la diffusion d’une
production maison (livre, audiovisuel, dessins, photos,
etc.) rappelant son histoire de vie. Ce sera de nommer
un objet un lieu ou un événement en son nom.
Ce sera la création d’un organisme de bienfaisance.
Dans certaines cultures, les gens auront installé un
autel consacré aux ancêtres dans un coin de
la maison, dans d’autres ils se déplaceront
au cimetière à une date précise pour
honorer leurs morts.
Il y a autant de possibilités de commémorer
que l’imagination humaine peut en créer. De
très nombreux artistes sont influencés par
leur deuil et de nombreuses oeuvres témoignent de
leurs réflexions à ce sujet.
Certaines commémorations naissent d’une situation
particulière. Je pense à la cérémonie
annuelle qui réunit les familles endeuillées
de Leucan, une association qui regroupe des enfants atteints
d’un cancer et leur famille. Je me rappelle mon émotion
lors de ma visite
au mémorial installé à Grosse-Île qui commémore les événements tragiques
vécus par les immigrants irlandais en ce lieu, principalement
lors de l’épidémie de typhus de 1847.
La commémoration
repose également sur le rôle que joua l’île,
de 1832 à 1937, à titre de station de quarantaine
du port de Québec, longtemps le principal point
d’arrivée des immigrants au Canada.
Lorsque le sida a commencé ses ravages et que de
nombreuses personnes, souvent jeunes, mouraient, une
organisation a créé un mouvement
pour commémorer toutes ces vies qui ont fini si
abruptement. Les proches sont invités à coudre
sur un morceau de tissu des éléments qui
représentent la vie et les liens qu’ils ont
eu avec la personne décédée. Plusieurs
personnes ont ainsi l’occasion d’évoluer
dans leur processus de deuil. Ces morceaux de tissu, qui
sont tous de la même grandeur, sont reliés
en grands ensembles et sont régulièrement
exposés, prolongeant ainsi le souvenir des victimes
de cette maladie.
Plusieurs oeuvres sont créées afin de perpétuer
la mémoire des personnes décédées
lors d’une tragédie. Des événements
soulignent ce qui s’est passé le 6 décembre
1989 à l’École Polytechnique de Montréal,
le 11 septembre 2001 au World Trade Center... D’autres
rappellent les génocides, les guerres, les grandes
catastrophes naturelles, etc. Participer à ces commémorations,
par solidarité ou parce que nous sommes personnellement
concernés, permet de continuer une démarche
de réflexion sur des circonstances de décès
où il est souvent très difficile de trouver
un sens, où il peut y avoir une multiplicité de
sens et où le sens évolue et change avec
les années.
D’autres démarches remontent dans le temps. Des cimetières
qui sont près de nous jusqu’aux momies égyptiennes, des lieux
sacrés amérindiens jusqu’aux morts trouvés dans des
grottes préhistoriques, la sépulture nous ramène au début
de l’humanité.
Chacune de ces inscriptions dans la mémoire collective rappelle l’importance
qu’ont eue nos lointains ancêtres et nos proches parents afin que
nous puissions vivre ce Temps présent. Dans notre quotidien, dans notre
imaginaire, dans notre vie, ils ont une place clairement identifiée et
chaque fois que nous les honorons, nous préservons ce qui fait l’essence
de notre condition humaine : notre Mémoire.